L’amour de Dieu, vous en mettrez

Jésus, Toi l’Amour incarné sur notre terre, pourquoi t’abaisser, aller jusqu’à t’humilier, te laisser broyer, défigurer et crucifier ? C’est qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis, et nous sommes tes amis. C’est que de ton cœur transpercé jaillissent les flots d’amour qui nous donnent la vie… Ta vie. Là est la coupe à laquelle nous voulons boire ; là se trouve l’eau et le sang dont nous voulons nous abreuver ; là se trouve le pain et le chemin de la gloire.

 

Jacques et Jean, vous les fils du tonnerre, pourquoi ambitionner de grandir quand Lui, votre maître, s’en va pour mourir ? Vous cherchez la gloire, vous trouverez la croix. Regardez Jésus, le grand prêtre par excellence. Un prêtre, c’est fait pour tout donner, s’immoler, se sacrifier. Vous voulez le suivre, il vous faudra servir, être comme Lui « broyé par la souffrance », faire de votre vie « un sacrifice d’expiation ». Il vous faudra l’aimer et le faire aimer.

 

Vous les missionnaires qui parcourrez le monde, pourquoi avoir tout quitté pour vous exiler ? Quelle est cette folie qui vous a saisis, ce feu qui vous a embrasés ? Vous êtes si nombreux à être aujourd’hui encore broyés par la souffrance, arrêtés, emprisonnés, mutilés, et sacrifiés. Vous ne  cherchez aucunement à grandir mais à servir. Vous désirez ardemment boire la coupe jusqu’à la lie ; vous êtes épris du martyre. Pourquoi donc un tel élan, une telle folie ? C’est que l’amour vous pousse et vous presse, l’amour de Dieu et l’amour de vos frères. Avec le curé d’Ars, vous vous écriez : « O mon Dieu ! mon Dieu ! que vous nous avez aimés ! ». Comment dès lors, ne pas s’embraser ? « Allez, mon ami, avait dit M. Courbon à Jean Marie Vianney. Il n’y a pas beaucoup d’amour de Dieu à Ars. Vous en mettrez ». Vous, les missionnaires, vous êtes allés jusqu’aux extrémités de la terre parce qu’il n’y a pas beaucoup d’amour du bon Dieu de par le monde … et vous en mettez.

 

Comme nous ressemblons à Jacques et Jean, prompts à nous enthousiasmer aux heures de gloire, vite démobilisés quand vient la croix ; ardents à parler, figés lorsqu’il faut s’engager. Notre quartier n’est-il pas une terre de mission ? En chaque eucharistie, Jésus nous montre son cœur transpercé : « « Voilà ce cœur qui a tant aimé les hommes ! » nous dit-il. Vois combien je vous ai aimés … tous … pas toi seulement, mais tous … ». Nous voyons sur l’autel la coupe du salut et le pain de la vie. Pouvons-nous véritablement nous en approcher si nous ne portons en nous le désir de ne rien épargner, de nous épuiser et de nous consommer pour témoigner à tous l’infini d’un tel amour. Lorsqu’au terme de la messe, le prêtre nous adresse l’ite missa est (Allez dans la paix du Christ), n’est-ce pas Jésus qui nous envoie : « Va ; nous dit-il, il n’y a pas beaucoup d’amour de Dieu dans ce quartier. Tu en mettras ».

 

Père Gilles Morin

Curé

De l’Eucharistie à la mission

La semaine de prière pour la mission universelle de l’Église s’ouvre aujourd’hui, tandis que se tient à Rome le synode des évêques pour l’Afrique. Comment, à cette occasion, ne pas laisser raisonner d’une manière toute particulière ce rappel de notre archevêque : « C’est à partir de la célébration eucharistique que doit se comprendre et se vivre la mission de l’Église ».

 

Nous le savons, l’eucharistie est le sommet et la source de toute vie chrétienne ; là est le cœur du Dieu d’amour, là est la lumière qui irradie et illumine, là est le feu qui embrase et se propage. Sans ce « sacrement des sacrements », la mission se trouve ravalée au rang de structures, de planifications, de verbiage et d’agitation. Elle devient action humaine et ne peut que communiquer un certain humanisme. Elle n’est plus œuvre de l’Esprit, capable de diviniser et de transfigurer. On larmoie sur la déchristianisation ; on cherche à y palier par de simples organisations. Si notre Église semble marquer le pas, n’est-ce pas d’abord parce que trop de chrétiens ne brûlent pas de la ferveur de l’Eucharistie, à commencer peut-être par nous-mêmes ? Redisons-le nettement : l’Eucharistie est la source de la mission. Vivons de l’Eucharistie, et nous embraserons le monde.

 

En ce dimanche, le pape Benoît XVI canonise cinq bienheureux, dont deux nous sont quelque peu familiers :

  • Jeanne Jugan, fondatrice des petites Sœurs des pauvres, qui aimait partir de Jésus-Eucharisie pour s’élancer vers ses pauvres  « Je commence toujours par me mettre en présence de mon Dieu, disait-elle, pour faire tout en sa sainte présence ».
  • Le Père Damien, l’apôtre des lépreux sur l’île de Molokaï, qui pouvait écrire : « Sans le Saint-Sacrement, une position comme la mienne ne serait pas tolérable. Mais possédant près de moi Notre Seigneur, je suis toujours gai et je travaille avec ardeur au bonheur de mes chers lépreux » Et lorsqu’il ne pourra même plus entrer dans la chapelle des sœurs, par peur de les contaminer, on le surprendra à genoux sur un tas de fumier, tourné vers le tabernacle.

 

L’Eucharistie embrase, illumine et fait des miracles. Et si nous la mettions résolument au cœur de notre vie… « Beaucoup de choses changeront, nous dit notre archevêque, si nous consentons tous à mieux organiser notre vie à partir de l’Eucharistie ; beaucoup de choses peuvent changer dans notre manière de vivre notre foi si nous adhérons mieux au dynamisme interne de l’Eucharistie ».

 

Père Gilles Morin

Curé