Scandale de la Miséricorde ? Non, mais plutôt pure merveille !

 

« Voici une parole digne de foi, affirme l’apôtre Paul, et qui mérite d’être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi, je suis le premier des pécheurs. » Tout l’Évangile le proclame en actes. Rappelons-nous Zachée, Matthieu, Marie-Madeleine, la femme adultère etc … Les pharisiens se rebiffent devant l’attitude de ce rabbi de Nazareth : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Il s’approche d’eux, les côtoient et va même sous leur toit. Ne méritent-ils pas plutôt d’être châtiés, expulsés, condamnés, voire exécutés ? Quel scandale !

 

Et voilà que Jésus proclame la parabole dite “de l’enfant prodigue” ou mieux encore “du père miséricordieux”. Quel chef d’œuvre !

 

« Un homme avait deux fils ». Auquel des deux voudrions-nous ressembler ? L’un n’a pas su garder son âme ; l’autre n’a pas su donner son cœur. Tous les deux ont attristé leur père ; tous les deux on méconnu sa bonté. Il n’y a pas un troisième fils dont nous pourrions nous réclamer. Et nous voilà contraints de convenir que nous sommes l’un ou l’autre … ou peut être l’un et l’autre.

 

Que dire du plus jeune ? Inouï ! il ose réclamer sa part d’héritage ; autrement dit, il veut tourner la page. Une telle revendication ne peut en effet être avancée que lorsque la mort vient frapper. Pour lui, plus de père, ni de maison familiale. “Emancipation”, voilà le fond de la revendication qui mène à la dilapidation. Comment ne pas s’offusquer ? Comment ne pas être scandalisé ?

 

Et si ce fils, du fond de sa misère, ne s’était finalement levé pour reconnaître humblement son péché ? s’il n’était revenu ? Sans nul doute, son père en aurait eu le cœur brisé. Chaque jour, il attendait, guettait, sortait, espérait. Et voilà que son fils qui était mort revient à la vie, celui qui était perdu est retrouvé. Quelle explosion de joie dans le cœur du père !

 

Que dire du fils aîné ? Son cœur a la dureté de celui des pharisiens. Ce fils est bien dans la propriété familiale, il ne l’a pas quittée, mais son cœur ne vibre pas avec celui de son père, il est de pierre et non de chair. Lui qui était resté ne veut finalement plus rentrer ; il est scandalisé. Son père a beau sortir et le supplier, allant jusqu’à lui affirmer :

–  « Tout ce qui est à moi est à toi ». Ton frère que voilà est à moi ; il est à toi.

–  Mais non ; non et encore non, lui réplique en quelque sorte son aîné. C’est ton fils mais ce n’est plus mon frère ; il n’est plus à moi mais seulement à toi ; je n’en veux pas.

Ce fils aîné a-t-il finalement franchi le seuil de la maison ? La parabole ne le dit pas, mais n’en doutons pas : pour Dieu notre Père, un fils, en dehors de la maison, quel qu’il soit, c’est toujours un drame.

 

Nous sommes en période de rentrée ; notre communauté paroissiale se retrouve, renforcée par les nouveaux arrivants sur notre quartier. Nul besoin de certificat de bonne conduite pour être accueilli. Notre Eglise n’est pas celle des purs mais des pauvres pécheurs que nous sommes et qui comptent sur la miséricorde de Dieu. Tous nos frères sont nos frères. Ils sont à Dieu ; ils sont à nous. Et il nous faut être miséricordieux comme notre Père est miséricordieux.

 

Père Gilles Morin,

Curé